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Théorie des médias (Première partie)

(Essai sur une nouvelle théorie des médias)

 

Introduction:

Nous appelons médias de l’information « les moyens techniques et technologiques de production, de reproduction, de stockage, de diffusion et de communication de l’information, dans le cadre de la culture, de l’éducation et de la formation ; et qui concernent la communication et la cognition humaine, à travers ces prolongements technologiques du cerveau/esprit humain ».

L’étude de la théorie des médias de l’information explore donc la psychologie, la sociologie et l’histoire des médias dans le cadre des sciences cognitives. En effet, la communication et la cognition apparaissent aujourd’hui comme des sciences qui associent technologies innovantes et cultures omniprésentes. Tout le monde est concerné, au sein des sociétés dont nous sommes finalement, tous, les représentants. Cependant, ces sciences de l’information et de la communication (et aussi des sciences cognitives) sont priées de mettre un peu d’ordre dans leurs affaires. De fait, on aboutit à l’usage de termes peu précis ou ambigus, particulièrement usité par les journalistes, les hommes politiques…

Notre compréhension du fonctionnement des médias de l’information sera d’autant plus facilité que nous aurons pris conscience que leur produit - l‘information - est la "matière première" de la culture, de l’éducation et de la formation, avant d’être une "matière première" de l’économie.

Si un "homme de culture" d’hier ne pouvait ignorer les techniques de l’écriture/lecture, celui d’aujourd’hui ne peut se passer de connaître, au moins de façon sommaire, l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, dont le rôle dans notre existence, professionnelle ou privée, est devenu capital. Les possibilités de l’informatique sont tellement immenses qu’il est bien peu d’activités humaines qui n’aient motif d’y recourir, qu’il s’agisse de la vie de tous les jours, des sciences, des techniques et même des Arts et Métiers. Dans les réflexions contemporaines sur ces médias, un point est  souvent mis en avant : l‘unification des médias de l’information (dites classiques) par les technologies numériques. Certains auteurs parlent même de "l’ère du numérique" ou de la « civilisation numérique ».

Depuis un quart de siècle, c’est-à-dire depuis l’explosion des technologies de l ‘informatique ou du numérique, de nombreux auteurs se sont enthousiasmés pour les prétendues révolutions de la communication (le câble, le satellite, la vidéo, la micro-informatique, l’Internet…). Les utopies techniciennes se mélangent avec les utopies sociales pour montrer les moyens qui permettent de se brancher en direct sur tous les spectacles du monde, la téléinformatique comme l’Internet qui donne accès au savoir accumulé dans de grande encyclopédie virtuelle comme Wikipédia, la téléphonie mobile qui permet aux nouveaux nomades d’être toujours branchés… Ces techniques vont modifier les rapports entre l’espace public et l’espaceprivé, bouleverser l’organisation du travail, transformer le fonctionnement de la démocratie…

A lire tous ces textes consacrés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, on pourrait penser que ce n’est que dans la fin du XXe   siècle qu’on a inventé les machines à communiquer. En fait, la volonté de prendre du recul par rapport à ces outils contemporains nous incitent à recourir à l’histoire des sciences et techniques de l’information et de la communication pour pouvoir comprendre les médias en générale et les médias de l’information en particulier.

 Les premières tentatives d’une théorie générale sur les médias:

Un besoin se manifesta, à notre époque, d’une approche plus unifiée des problèmes scientifiques de la communication et de la cognition, qui serait réalisée par des confrontations pluridisciplinaires. Des tentatives ponctuelles eurent lieu au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, autour de quelques personnalités ; comme au Canada, l’essayiste sociologue Marshall MacLuhan avec son livre Pour comprendre les médias [1] ; ou en France, le philosophe sociologue Edgar Morin avec son oeuvre La Méthode [2]. Aux États-Unis et au Canada, ce besoin alla jusqu’à la création de Sociétés et Fondations "pour une éducation intégrée", dont les membres entendaient favoriser la formation de "généralistes" aptes à comparer différents systèmes de communication, pour dégager des principes de base.

Cependant, les milliers d’articles qui sont édités dans de multiple revues scientifiques spécialisées, sont faits pour un public professionnel restreint. L’impossibilité d’appréhender de telles connaissances est à la fois quantitative et qualitative :

1°- Quantitative, parce que le  nombre des seuls articles traitant de la communication et/ou de la cognition est tel que la lecture sérieuse de  leur contenu n’est plus concevable par manque de théorie générale des médias.

2°- Qualitative, car il n’y a pas de lecteur "généraliste" capable de saisir tous les différents concepts et langages des diverses spécialités pour pouvoir construire une théorie des médias de l’information compatibles avec les nouvelles technologies de l’ère du numérique.

Puisqu’il s’agit donc de mettre de l’ordre dans ce domaine complexe des médias de l’information, notons que cette carence s’accompagne en compensation, dans toute la société, d’une formidable inflation du vocabulaire scientifique tous azimuts : un verbalisme scientifique à la mode, un substitut du savoir qui leur manque [3].

Pourquoi les nouveaux "généralistes" de la communication et de la cognition ne sont-ils pas encore près d’émerger sous l’habit du savant? Deux raisons paradoxales s’ajoutent encore à toutes les autres :

1°- Première raison, hormis quelques vedettes médiatiques, en matière de communication générale à l’extérieur des frontières de leur petit domaine, les praticiens des sciences et technologies de l’information et de la communication sont plutôt silencieux, parce qu’ils "communiquent" beaucoup, entre eux , au sein de leur communauté professionnelle ; pour le reste rien…

2°- La seconde raison est aussi paradoxale que la précédente. Tout le monde s’accorde pour reconnaître que la science moderne ne peut s’accomplir que dans un travail d’équipe ou de groupe. Pourtant, quelle que soit parfois l’intensité de leurs collaborations, les praticiens de ces sciences et technologies sont aussi individualistes que les artistes. Or toute communication est une oeuvre d’une organisation, à plus forte raison la communication des scientifiques généralistes dont on a besoin.

Les futurs généralistes des médias de doivent comprendre que l’essentiel réside dans la pertinence pluridisciplinaire des questions qu’ils seront capables de poser, et non des réponses globalisantes et de grands édifices de pensée. L’harmonie viendra d’une nouvelle génération de théoriciens, spécialistes compétents quant au savoir-faire et généralistes ouverts quant au savoir-penser…

Nous souhaitons fortement que nous étudions sérieusement les médias de l’information. Il n’y pas d’exagération à dire que l’avenir des sociétés modernes et la stabilité de leur vie intérieure dépendront en grande partie du maintien d’un équilibre entre la force d’innovation  des sciences et technologies de l’information et de la capacité d’action/réaction cognitive de chaque individu dans la société.

Des linguistes, des psychologues, des sociologues, des biologistes sont alertés depuis longtemps par le désordre qui règne dans le domaine de l’esprit humain, de la cognition et de la communication. A tel point qu’on a pu dire que derrière le mot communication, il y a des métiers techniques à foison, quelques débouchés théoriques et beaucoup de fausses pistes …

Actuellement, l’invitation pressante s’adresse en priorité à certains  théoriciens  spécialistes des nouvelles sciences et technologies  nous fournir quelque lumière quant à l’objet précis de lleurs domaines, la nature et la base de leurs activités dans les médias de l’information, les limites de leurs prétentions. Nous souhaiterions y voir plus clair dans le mécanisme de l’intervention des médias dans les sociétés humaines.

Mais la théorisation des médias de l’information ne concerne pas seulement les spécialistes et les professionnels. Elle vise aussi les citoyens en général : parents, enfants, médecins, patients, chercheurs, commerçants ou citoyens tout simplement… Une telle complexité est inévitable parce que la vie sociale est cognition et communication. Ce constat, maintenant trivial, est l’aboutissement d’un long cheminement dont il faut tenter de remonter le parcours historique, tant celui-ci est instructif.

Bien avant la confusion actuelle, un dDictionnaire philosophique américain [4] des années 1940 soulignait déjà l’ambiguïté du terme "communication" conçu comme :

1- L’accord entre ce que comprend un auditeur et ce qui est exprimé ou qui a l’intention de l’être, par un locuteur ;

2- Le processus par lequel cet accord est obtenu ;

3- La nature de l’accord réalisé entre les partenaires ;

4- Le transfert de sensations, d’images ou de concepts d’un individu à un autre ;

5- L’intervention sensorielle mise en oeuvre par la parole, l’écriture, le geste, l’expression faciale ou corporelle ;

6- Le prétendu contact direct entre les esprits par la télépathie et autres moyens occultes.

Le premier problème qui se pose est celui de savoir si, dans tous ces phénomènes que le même mot "communication" traduit, on relève vraiment des points communs qui expliquent le fouillis actuel et, surtout qui justifient les efforts déployés d’une tentative de clarification. La solution dépendra de la construction d’une "théorie des médias de l’information" qui, pour l’instant, n’existe pas. Si elle surgit un jour, comme certains l’ont souhaité, elle procedera à partir d’une situation de faits et de données rassemblés et organisés sur les médias de l’information. Par conséquent, c’est bien le rassemblement de ces données et leur mise en ordre qui importent pour le moment…

[A suivre ... la suite dans l'article prochain]

 


[1]- Voir, Marshall McLuhan: Pour comprendre les médias. Les prolongements technologiques de l’homme », Bibliothèque Québécoise, 1993 (1ère édition 1964).

[2]- Voir, Edgar Morin: Pour sortir du XXe siècle, Série Points, Editions Fernand Nathan, 1981.

[3]- Voir par exemple: Révolution dans la communication, Manière de Voir N ° 46 Le Monde diplomatique, juillet / août 1999.

[4]- Dictionnaire de la philosophie (1942), D.R. Runes (éd.), New York, Philosophical Library.

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